06/11/11

Delphine de Vigan • Les heures souterraines

Chaque jour, Mathilde prend la ligne 9, puis la ligne 1, puis le RER D jusqu'au Vert-de-Maisons. Chaque jour, elle effectue les mêmes gestes, emprunte les mêmes couloirs de correspondance, monte dans les mêmes trains. Chaque jour, elle pointe, à la même heure, dans une entreprise où on ne l'attend plus. Car depuis quelques mois, sans que rien n'ait été dit, sans raison objective, Mathilde n'a plus rien à faire. Alors, elle laisse couler les heures. Ces heures dont elle ne parle pas, qu'elle cache à ses amis, à sa famille, ces heures dont elle a honte.
Thibault travaille pour les Urgences Médicales de Paris. Chaque jour, il monte dans sa voiture, se rend aux adresses que le standard lui indique. Dans cette ville qui ne lui épargne rien, il est coincé dans un embouteillage, attend derrière un camion, cherche une place. Ici ou là, chaque jour, des gens l'attendent qui parfois ne verront que lui. Thibault connaît mieux que quiconque les petites maladies et les grands désastres, la vitesse de la ville et l'immense solitude qu'elle abrite.
Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions. Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai. Autour d'eux, la ville se presse, se tend, jamais ne s'arrête. Autour d'eux s'agite un monde privé de douceur. Les heures souterraines est un roman sur la violence silencieuse. Au cœur d'une ville sans cesse en mouvement, multipliée, où l'on risque de se perdre sans aucun bruit.

J'avais beaucoup aimé No et moi. Celui-là m'a un peu déçu. Pas désagréable mais long, parfois plat. Un style qui manque de maturité et de personnalité ; j'avais trouvé cela adapté dans la bouche de Lou, mais ici, il s'agit d'adultes alors c'est un peu frustrant.

L'auteure reprend un sujet qui la taraude : les solitudes urbaines, les trajectoires, les gens qui se croisent sans se voir.
« Mais les gens désespérés ne se rencontrent pas. Ou peut-être au cinéma. Dans la vraie vie, ils se croisent, s'effleurent, se percutent. Et souvent se repoussent, comme les pôles identiques de eux aimants. Il y a longtemps qu'elle le sait. »
Il m'a vraiment accrochée à partir de la page 179. Peut-être parce que j'étais dans un bus bondé et que l'histoire prenait alors une dimension bien réelle, mais pas seulement : Delphine de Vigan parle de la chute avec une étonnante justesse.
« Les objets sont immobiles. Et silencieux. Jusqu'à maintenant, elle n'en avait pas pris conscience, elle n'avait jamais mesuré à quel point. À quel point les objets sont des objets. Leur propension naturelle a s'user, se dégrader, d'abîmer. Si personne ne les touche, ne les déplace, ne les emporte. Si personne ne les caresse, ne les protège, ne les recouvre.
Comme eux, elle a été reléguée au fond d'un couloir, bannie des espaces neufs, ouverts.
Au milieu de cette communauté morte, dépareillée, elle est le dernier souffle...
Ses pieds se balancent sous sa chaise. Rien ne lui échappe. Elle remarque tout... rien ne bouge sans qu'elle le sache.
Ni autour ni à l'intérieur d'elle.
Le temps s'est épaissi. Le temps s'est amalgamé, agglutiné... »
Et la fin est très belle. Je l'ai trouvée très belle. Elle justifie presque à elle seule le livre tout entier. Mais il est tout de même un peu long.

30/10/11

Bruno Dumont • Hors Satan

En bord de Manche, sur la Côte d'Opale, près d'un hameau, de ses dunes et ses marais, demeure un gars étrange qui vivote, braconne, prie et fait des feux. Un vagabond venu de nulle part qui, dans un même souffle, chasse le mal d’un village hanté par le démon et met le monde hors Satan.

Impossible pour moi d’écrire une critique construite. Juste quelques impressions.

Le « gars » au pied du château d’eau : la rencontre de Gai Luron (attention, rien de péjoratif ni d’enfantin dans ma lecture de GL) et du Clint Eastwood des Sergio Leone. Le film fait d’ailleurs souvent penser à une sorte de western autistique : les dunes du Nord (admirablement filmées) en sont les canyons, le bruit des godillots celui des sabots des chevaux, la luminosité, les plans larges, le vent, les souffles…

Le langage. Il est absent. Les personnages de Bruno Dumont ne parlent pas, ne se parlent pas. « C’est pas moi qui peux t’dire. » Hors langage, ils sont plus proches de l’élan vital, animal, que de la psyché humaine. Ils sont alors hors Satan, ni bon ni mauvais, vivants, par delà le bien et le mal. « On a fait ce qu’il fallait faire. »

À un moment, la peur d’un surnaturel un peu kitch. Juste une scène qui ne m’a pas convaincue. Vite effacée par les questions que l’étonnante suite fait émerger.

En sortant, j’ai pensé « Faites vos choix » comme on crierait « Faites vos jeux ».

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Jean-Marc Moutout • De bon matin

Lundi matin, Paul Wertret se rend à son travail, à la banque où il est chargé d’affaires. Il arrive, comme à son habitude, à huit heures précises, sort un revolver et abat deux de ses supérieurs. Puis il s’enferme dans son bureau. Dans l’attente des forces de l’ordre, cet homme, jusque là sans histoire, revoit des pans de sa vie et les évènements qui l’on conduit à commettre son acte.

C’est un film sec. Sec et dur. À l’image de cet univers professionnel d’où l’humain est désormais exclu. Étrangement silencieux aussi. Tout particulièrement le lieu professionnel, avec ses cloisons de verre et ses moquettes. Tout y est délesté des bruits humains. Les coups de feu n’en retentiront que plus.

Le temps narratif est déconstruit, à l’image de la lente désintégration de Paul. La réalité nous parvient en fragments épars, qui n’ont pas un sens linéaire mais un poids cumulatif. Les éléments s’empilent les uns sur les autres, les uns après les autres, les uns dans les autres, pour peu à peu noyer l’homme sous la masse.

Jean-Marc Moutout fait montre d’une étonnante clairvoyance, parsème l’histoire de détails insignifiants à l’œil profane mais tellement signifiant pour celui qui a traversé une telle épreuve. Les petites humiliations répétées, la gentillesse extrême du manipulateur avec les autres, qui fait qu’on ne sera pas cru lorsqu’on parlera – alors on ne parle pas, et on finit même par douter soi-même.

Il est bien étonnant de constater à quel point l’histoire est toujours identique. On peut voir De bon matin, lire les livres de Marie-France Hirigoyen ou de Jean-Marie Abgrall, on y retrouvera toujours les mêmes étapes, les mêmes signes, les mêmes conséquences. Et pourtant, ça se rejoue, encore et encore. Comme si, chaque fois, l’essentiel était de ne pas être, soi, la victime. « Tant que ce n’est pas moi… » À tel point que lorsque le drame survient, tous se soumettront à la même incantation : « S’il a craqué, c’est qu’il y avait autre chose. Moi, dans sa situation, je m’en serais sorti ». C’est oublier la mécanique toile d’araignée qui se met en place lors de ces situations de harcèlement. Avant d’inoculer lentement le poison, on prend bien soin d’isoler et d’immobiliser la victime, de lui enlever la possibilité de fuir. Quels sont les mécanismes de ce piège ? Je n’en sais rien, ou si peu ; mais le résultat est là : cela fonctionne. Chaque fois. Enfin non, il y a ceux qui fuient juste à temps. L’ami qui a été viré est un chanceux. Il dit : « Toi tu es encore à l’intérieur, fais attention à toi ». La collègue qui a été virée est une chanceuse. Elle dit : « Je ne veux plus entendre parler de cette histoire, foutez-moi la paix ».

Mais pour Paul, il est trop tard. Il est déjà en dehors de sa vie, de la vie. Un court instant, il tente de fixer ce qui lui est essentiel, le cœur de sa vie : l’homme, la femme, l’enfant. Mais le temps reprend son cours. Les cloisons de verre se sont multipliées et ont envahi son monde bien au-delà de son univers professionnel. Personne ne peut le comprendre puisque lui-même ne comprend pas. Darroussin est glacial, parfait, froid parce que déjà mort.

Même le psy est à côté de la plaque. Alors Paul lui dit ce qu’il a envie d’entendre : les rêves abandonnés, les illusions perdues, l’homme qu’on voulait être et qu’on a oublié en route... Parce que ce psy oublie – et tous feront de même - l’essentiel : on juge sa vie depuis le lieu où l’on se tient.

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27/10/11

Marie Darrieussecq • Clèves

Clèves s'ouvre sur une citation de Rilke, en exergue : « Est-il possible que l’on ne sache rien de toutes les jeunes filles qui vivent cependant ? Est-il possible qu’on dise "les femmes", "les enfants", "les garçons" et qu’on ne se doute pas, malgré toute sa culture, l’on ne se doute pas que ces mots, depuis longtemps… » Marie Darrieussecq laisse la citation en suspend, et y répond en nous peignant le monde d'une jeune fille en équilibre entre enfance et adolescence.

Les mots et le corps, voilà ce qui se déploie, perceptible, palpable, dans Clèves : les mots et le corps, la poésie et le cru, les rêves et les bites. En une succession de fragments courts (des pensées, des mots écrits sur un journal intime - que Solange ne parvient pas à tenir), Marie Darrieussecq nous livre un tableau impressionniste tendre et violent, fin et animal.
Dans Une vie, de Maupassant, il est écrit : "Une souffrance aigüe la déchira soudain ; et elle se mit à gémir, tordue dans ses bras, pendant qu'il la possédait violemment." (...) il est hors de question qu'elle se fasse posséder. On possède un objet ou une maison, toute sa raison vient à son secours. Elle frotte la phrase dans tous les sens...
Plus loin, savoureux moment avec un dialogue cannabico-philosophico-existentiel entre deux adolescents. C'est le jeune mâle qui parle le plus. C'est délirant et pompeux, et pourtant dans ces logorrhées sous fumette se cachent de très belles intuitions. L’adolescence, l’âge où l'on découvre le pouvoir extraordinaire de la pensée et où on se sent alors pousser des ailes. Quelque chose d'immense, de terriblement proche et inaccessible à la fois.
L'esprit aiguisé c'est génial parce que tu as toutes tes sensations qui sont vachement aiguisées. Mais c'est crevant. Quand on plane, un peu endormi, c'est bien aussi, et puis tu ressens les choses vraiment différemment, je ne sais pas, c'est toujours là que je parviens à une vision globale des problèmes, politiques, tu les comprends vachement bien parce que tu as une vision supérieure, comme par-dessus, comme le point de vie des aliens...
À l’adolescence, l’écart se creuse rapidement entre ceux qui ont les mots et les autres. La copine de Solange, Rose, a les mots.
Depuis quelques mois Rose dit des choses intimidantes d’un ton hyper-responsable et avec un esprit grand ouvert.
Mais Solange ne les a pas.
Il faudrait pouvoir lui expliquer ce phénomène, que son cerveau s’arrête à mesure qu’elle voudrait parler. Un enfoncement dans la neige. Alors elle utilise son corps, celui qui change à toute vitesse, celui qu’elle ne reconnait plus.
Cercle vicieux : plus ce corps apparaît inapte à la communication, plus il devient envahissant et tyrannique et la confronte au vide.
Elle se sent à la fois trop présente et vaporisée, incapable de se tenir à une limite ferme, à un point donné de la salle. Quoi faire de ce grand trou qui la dévore ? Elle pourrait fumer et boire, manger et avaler, se remplir de tout le banquet, de tout le village, de tout ce qui manque – tout manquerait encore.
Ensuite… l’histoire s’enlise un peu, c’est un peu long, il y a cet enfermement étouffant : il manque le monde, les idées, la culture… Un anti Princesse de Clèves en quelque sorte. Mais il y a toujours ce style, ce plaisir d’écrire qui transporte dans le plaisir de lire. Marie Darrieussecq aussi frotte les phrases dans tous les sens


« Est-il possible que l’on ne sache rien de toutes les jeunes filles qui vivent cependant ? Est-il possible que l’on dise : "les femmes", "les enfants", "les garçons" et qu’on ne se doute pas, que, malgré toute sa culture, l’on ne se doute pas que ces mots, depuis longtemps, n’ont plus de pluriel, mais n’ont qu’infiniment de singuliers. » Rilke, Les cahiers de Malte Laurids Brigge.

07/10/11

Sándor Márai • L'Héritage d'Esther

Esther vit seule avec Nounou, une parente âgée, lorsque Lajos revient, vingt ans après leur rupture. Elle n'a rien oublié, ni son charme, ni son insouciance, ni ses trahisons. Et pourtant…

J’ai reçu L’Héritage d’Esther comme une réponse en miroir au Bartleby de Melville. Comme Melville, Márai nous offre un texte court et cinglant, adopte un style classique et épuré, en parfait accord avec l’austère mélancolie de son personnage. Le « après tout je peux bien » d’Esther sonne comme l’écho symétrique du « I would prefer not to » de Bartleby. L’irritation qui fait jour à la lecture – on voudrait comprendre, on éprouve l’envie de secouer ces désespérés sans désespoir – trouve la même bouleversante résolution à la fin des deux ouvrages.

Que faire face à la brutale et touchante réalité ? La haine, l’indifférence, l’amour, les malentendus… ? Lutter ou s’absenter ? Y a-t-il des coupables et des innocents ? Des lucides et des aveugles ? Il n’est pas dit qu’il existe une bonne réponse à ces questions.
« Lorsque quelqu’un surgit du passé pour annoncer, avec des trémolos dans la voix, qu’il veut "tout réparer", on ne peut que le plaindre et rire de ses intentions. Le temps avait déjà tout "réparé" à sa façon particulière, qui est la seule possible. »

« Je m’endormis ainsi, frissonnante, hébétée… comme si, parvenue à l’air libre après un long séjour en un lieu fermé, j’eusse été brusquement saisie jusqu’au vertige par une brise forte et cruelle, par le coup de vent de la réalité. »
Phrase à laquelle répondent les derniers mots du texte, qui semblent apaisés sans que l’on n'en soit bien sûr.

16/09/11

Valérie Donzelli • La guerre est déclarée

Roméo et Juliette vivent et s’aiment comme ils respirent. Contrairement à leurs aînés shakespeariens, ils refusent la Tragédie et sont bien décidés à n’accepter que la vie, celle qui s’encombre parfois d’âpreté, de tristesse, de moments de lassitude, mais qui ne peut se réduire à cela. L’amour – entre eux, pour leur fils – ne leur est jamais un poids ou une responsabilité ; c’est un don, un engagement tout aussi résolu qu’insouciant. Jamais ils ne se battent contre le courant, jamais ils ne se laissent couler : ils nagent sur le fil du fleuve, forçant l’allure dans les rapides, faisant la planche si besoin, reprenant des forces dans quelque anse plus calme.

Les partis pris narratifs de Valérie Donzelli s’accordent avec tendresse à la nature de ses personnages. Une voix off raconte, tout à la fois sérieuse et mutine ; d’étonnantes scènes – parfois tatiesques – viennent évoquer ce qu’elle ne dit pas, comme si les éléments omis allaient de soi et que tout grand discours affaiblirait forcément le propos : les efforts, la ténacité, les aspects que Roméo et Juliette décident d’ignorer – en toute conscience.

Les deux acteurs principaux – Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm – épousent très sensiblement cette richesse psychologique, saupoudrant leur interprétation d’un antiréalisme touchant : c’est un conte de fée qui nous est raconté, au sens bettelheimien du terme. Les seconds rôles sont humblement justes. Et Valérie Donzelli filme ce tout petit enfant avec brio – j’ai parfois eu l’impression qu’il jouait vraiment un rôle.

Le film aborde aussi bien joliment le thème du lien humain. À l’image de cette scène, où j’ai perçu quasi réellement les flèches jaillissant du lieu où se tient l’enfant, en toutes directions, pour aller harponner tour à tour le père, les grands-parents, la tante… puis revenir à leur point de départ chargées d’amour et de chaleur pour ceux qui en ont besoin.

Bien joli film, qui accueille le spectateur dans un lieu étonnant, constamment au bord des larmes ou du fou rire sans jamais l’y laisser se réfugier. Un lieu où l’humain se révèle finalement de manière mille fois plus intense que dans les grandes émotions tranchées et déclaratives. 

Avec, en prime, une BO plus que séduisante.

Bande annonce.

08/09/11

William Styron • Le choix de Sophie

Franchement… j’ai trouvé cette œuvre mièvre. Sophie a vécu l'enfer mais il est raconté par l'intermédiaire de Stingo. Stingo qui... heum… Suis-je la seule à être profondément agacée par ce personnage falot ? Dès que le texte gratte un peu sa personnalité, on découvre rapidement des relents d’inconstance, d’égocentrisme, de racisme, d’antisémitisme, de misogynie et de prétention ; et les quelques éclairs de lucidité sur son compte fleurent trop la fausse modestie, du coup.
« Certes j’étais très jeune et avais, pour mon âge, parcouru d’énormes distances, mais mon esprit était demeuré sédentaire, étranger à l’amour, et quasiment ignorant de la mort. Comment aurais-je pu savoir alors que j’allais très bientôt rencontrer ces deux choses, dans ma douillette et asphyxiante ascèse, je m’étais détourné. »
Avec sa manie d’exprimer sur le champ le plus grand mépris pour chaque fille qui se refuse à lui et d’en faire une « dépression ». Ou l’amour qu’il prétend porter à Nathan - évoqué à plusieurs reprises -, avant de lui tourner le dos sans grande émotion. Ou encore son prêchi-prêcha mystique sur les motivations du Dr von Niemand (celui qui oblige Sophie au choix).

Quant au style, Styron citant souvent Faulkner, je suppose que c’est un modèle d’inspiration pour lui. Il reprend bien ce côté faussement déconstruit, mais je trouve qu’il est très loin de la fascinante plume de Faulkner. C’est un peu mou et beaucoup moins prenant. J’ai regretté, aussi, une tendance fréquente au lyrisme excessif. Un exemple :
« Sophie vit l’affreuse migraine s’abattre sur Höss avec une vitesse prodigieuse, pareille à un éclair qui empruntant le canal de la lettre du marchand de gravier se serait faufilée jusqu’au fond de cette crypte ou de ce labyrinthe, là où dans la boîte crânienne, les migraines déchaînent leurs féroces toxines. »
Une chose qui sauve le livre, à mes yeux, c’est qu’il me semble y percevoir un fil allégorique : celle du lien qui nous unit, tous - bourreaux, victimes et spectateurs indifférents -, à toute tragédie humaine de cette envergure et des conséquences de ces liens - que nous préférons souvent ignorer - sur l’histoire humaine. Le poids de la culpabilité, consciente ou déniée, qui pèse sur l’histoire des individus et des pays.
« ... il y a beaucoup d’antisémitisme en Pologne, ce qui fait que moi j’ai affreusement honte et de multiples façons, comme toi, Stingo, quand tu éprouves cette misère* en pensant aux gens de couleur du Sud. »
Stingo qui vivait dans l’insouciance pendant que Sophie affrontait la déportation, Nathan qui réalise l’horreur qu’ont vécu les juifs alors que lui-même a été exempté à cause de sa maladie mentale, Sophie qui pensait que la haine des nazis envers les juifs la protègerait, elle, la bonne catholique, avec son pamphlet paternel antisémite dans sa botte…

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